Commencer à donner à manger, c’est pas simple. Quand, quoi, comment, donné par qui?
Quand mon premier garçon a eu six mois au Pérou, le rendez-vous de suivi mensuel avec le pédiatre a surtout porté sur la nourriture que je devais lui donner. Il m’a fait une petite liste, de beaux fruits, des légumes verts, ainsi que des oeufs « mais seulement le jaune pour le moment, à cause des risques d’allergies».
Ayant lu déjà pas mal sur le sujet, j’ai jeté la liste du pédiatre et j’ai donné de tout, absolument tout, au gamin.
De retour le mois suivant, d’abord surpris que le petit ait même déjà mangé de l’arachide et des crevettes, et bien sûr du blanc d’oeuf, il me dit « Ha, oui, c’est aussi une méthode qui est préconisée pour limiter les risques d’allergies chez les enfants; un peu comme les immuniser dès le départ».
On s’entend que je me suis vraiment demandée pourquoi il avait commencé par me faire une liste…
Je n’avais pas fini de voir des différences dans les recommandations faites sur ce thème-là, d’un pays à l’autre!

Diversification alimentaire: comment commencer à faire manger bébé?
Question déjà complexe et souvent angoissante pour les jeunes mamans dont c’est le premier enfant, la question de la diversification alimentaire se complexifie encore davantage quand on compare les recommandations internationales (OMS), avec celles qu’on reçoit dans un pays donné. Parfois, d’un pays à l’autre, ( ou même d’un pédiatre à l’autre…) on se fait dire des choses contraires!
Survol de mon expérience ( et de celle de certain.e.s ami.e.s expats), en abordant les questions une à la fois, dans une série d’articles.
Quand commencer?
Souvent dès 4 mois en France.
Entre 4 et 6 mois au Canada, mais préférablement pas avant 6 mois.
Entre 4 et 6 mois au Burkina Faso; influence française?
A 6 mois au Kazakhstan.
De ce que je me souviens, à 6 mois au Pérou.
Recommandation officielle de l’OMS? A 6 mois. Avant ça, allaitement exclusif.
En passant, allaitement exclusif, en théorie ça veut dire RIEN d’autre; pas d’eau, de tisanes pour la digestion, rien. L’OMS semble un peu dogmatique sur ce sujet. Je crois que c’est parce que dans beaucoup de pays, l’eau n’est souvent pas potable, ou facilement re-contaminée à la maison. La diarrhée due à l’eau est donc une source de mortalité (et de morbidité) fréquente chez les nourrissons, pourtant facilement évitable en ne donnant juste PAS d’eau! A condition bien sûr que la maman allaite, ce qui est naturellement (biologiquement, physiologiquement) le plus fréquent dans le monde; les préparations pour bébés qu’on fait avec de l’eau sont une autre histoire et, quand il n’y a pas d’eau potable, un autre problème… que je n’aborde pas ici.
Un peu de flexibilité?
A notre premier enfant, je laissais le gamin goûter les morceaux d’avocat, de tomates ou autres trucs sains qui l’intéressaient quand je les manipulais devant lui. Je le faisais sans le dire au papa, qui lui, était catégorique: pas une bouchée avant le jour de ses six mois!
Ma mère aussi aime bien me raconter l’histoire du bébé d’une de mes cousines qui pleurait/hurlait, vers 5 mois, quand ça sentait bon la bouffe…une fois en particulier en rentrant avec elle dans un café qui humait le bon pain, ma mère lui avait juste dit: ton bébé a faim, donne-lui de la bouffe!!! Et ça avait calmé les crises.
En fait j’aime bien les indications données par certains pour identifier si le bébé est prêt ou pas (ici repris par la Fondation OLO)
- Il se tient assis dans sa chaise haute sans aide**;
- Elle soutient et contrôle sa tête;
- Il est capable de repousser une cuillère de la main et de tourner la tête.
- Elle peut aussi tenter de prendre les aliments et de les porter à sa bouche.
Cette page de la fondation OLO rappelle aussi que «C’est autour de 6 mois que bébé démontrera ces signes. Cela peut toutefois se faire un peu plus tôt selon son développement, mais pas avant 4 mois! Avant cet âge, le système digestif et les reins du bébé ne sont pas prêts à digérer des aliments plus complexes.”
Ceci étant dit, je pense que la majorité des bébés à qui on ajoute des céréales dans les biberons dès quatre mois ne répondent probablement pas à ces critères. On les « nourrit » d’ailleurs d’un liquide, souvent couchés dans la même position que pour un biberon de lait uniquement. Je ne suis pas certaine de pourquoi on préconise l’introduction de ces aliments à quatre mois (est-ce que je dois vraiment rappeler à chaque article que je ne suis pas médecin?). Toutefois, je soupçonne que ça devait à l’origine être conseillé pour certains bébés, dans certaines conditions particulières; puis, par habitude (sociale, habitude de voir les autres le faire) les parents le font automatiquement sans se demander vraiment si leur bébé à eux en ont besoin. Notez que je fais cette réflexion sans jugement envers ces parents.
Je n’ai jamais entendu parler de cultures où ils nourrissent les bébés de solides avant 4 mois. Si vous en connaissez, partagez avec nous dans les commentaires!
Clairement, donc, il n’y a pas tant de variation dans le moment où commencent à manger les bébés dans les pays que je connais.
Quand bébé mange plus tard
Les recommandations parlent beaucoup de ne pas nourrir le petit avant quatre mois, mais une amie m’a fait remarquer que parfois, bébé n’est juste pas intéressé avant pas mal plus tard, 7 à 9 mois par exemple. Dans ce cas, la pression est énorme sur les mamans et les bouts de choux pour les faire manger.
Amélie me racontait qu’au Burkina Faso, l’objectif était que les petites créatures grossissent beaucoup, tôt et vite. La belle-famille lui faisait carrément gaver le petit par tous les moyens même quand il ne semblait pas intéressé à manger. « On approchait sa bouteille de sa bouche pour qu’il l’ouvre et rapidement on lui enfournait une cuillère de bouffe, je n’aimais pas ça du tout » me disait-elle. Mais d’où vient cette obsession avec la nourriture à tout prix à six mois, voire quatre?
Certains, comme dans cet article ici, avancent que les géants de l’alimentaire y sont pour quelque chose, en lobbyant les professionnels de la santé. Evidemment, vendre des petits pots ou des céréales à partir de quatre mois fait rentrer plus d’argent. Une explication historique, liée aux premiers laits artificiels et présentée ici, est aussi intéressante. Enfin, comme presque tout, on trouve d’un côté des études (plus ou moins fiables?) qui semblent indiquer qu’il y a des risques à introduire les aliments après 8-9 mois (carences, allergies, régimes alimentaires pauvres) . De l’autre côté, des réflexions pleines de bon sens, qui affirment « Tant que le bébé tète à la demande, qu’il prend du poids correctement, est bien éveillé et joyeux, a un développement moteur harmonieux, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. On peut proposer de la nourriture de temps en temps, et un jour lorsqu’il sera prêt, il mangera. » (à noter qu’on parle ici de bébé allaité. Pas certaine que ça s’applique à ceux qui boivent du lait en poudre.)
De toute façon, on se rappelle que le lait maternel reste le principal aliment jusqu’à environ un an, si?
Bref, il semble encore qu’on mette beaucoup de pression sur les mamans pour… souvent rien. Surtout que, pour plusieurs, plus un bébé se sent observé, poussé, sous pression pour manger, plus il risque de refuser!
On sait quand… maintenant, on donne quoi?
Maintenant, si on parlait du quoi? Qu’est-ce qu’on leur donne, comme premiers aliments?
Dans un prochain article!
** Pour les adeptes intenses de motricité libre, on ne devrait jamais asseoir un bébé avant qu’il le fasse par soi-même. Chose qui n’arrive pas souvent aussi tôt que six mois. Donc, dans ce cas, les parents ne sauront pas si l’enfant arrive à tenir seul assis. Encore une fois ça reste des indications, pas des règles absolues! J’ai vu une maman nourrir à chaque fois sa petite fille de six mois à la cuillère lorsqu’elle était sur le ventre, ayant appui sur ses avant-bras. Jamais je ne l’ai vue la mettre assise et la petite ne le faisait clairement pas seule.