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Six continents de mamans

Choisir l’allaitement, pas facile

11 novembre 202412 décembre 2024

Chaque année, UNICEF et l’OMS organisent la semaine mondiale de l’allaitement maternel. J’imagine qu’ils font plus qu’une journée parce qu’un seul jour ça passe trop vite dans la vie d’un parent de bébé… donc allez, faisons durer ça une semaine!  C’était du 1 au 7 août 2024. Oups, je l’ai raté… mais ça m’est égal parce que, franchement, on allaite toute l’année. Pour l’occasion, je propose donc une série d’articles sur mon expérience.

Vraiment, est-ce que je vais oser aborder ce sujet délicat et épineux qu’est l’allaitement maternel? 

Dans un premier article, j’ai déjà illustré par une histoire vécue le manque de soutien à l’allaitement à la maternité. Le deuxième article rappelle le manque de soutien à l’allaitement une fois à la maison avec le bébé.

Cette fois, je m’attaque aux freins à l’allaitement que j’ai le plus souvent observé autour de moi, souvent liés au manque d’information.

Pourquoi choisir d’allaiter?

Commençons par le commencement: allaiter ou pas, c’est le choix de la mère. Point à la ligne. Dans toutes les sociétés dites libres, c’est plus ou moins un acquis. Là où le bât blesse, c’est que je n’ai entendu personne, nulle part, parler de choix libre ET éclairé. J’insiste sur ce mot: éclairé.

On utilise plus souvent cette expression lorsqu’on parle de consentement, généralement dans le domaine médical. Elle signifie « après avoir reçu préalablement une information claire, complète, compréhensible et appropriée à sa situation.» Pour un soin médical, c’est relativement simple en théorie; le médecin donnera au patient cette information, souvent standardisée et approuvée par leur collège des médecins, avant l’intervention.

Pour l’allaitement, d’où est supposée venir cette information préalable, claire et complète?

Qu’est-ce qui influence les mères?

Parce que, franchement, j’ai surtout l’impression qu’autant moi que les femmes de mon entourage, tous pays confondus, avons surtout reçu une information fortement biaisée, dès l’annonce de la grossesse.

On ne veut tellement pas montrer l’allaitement que même dans un livre pour enfants, on fait donner un biberon par des lapins!

Entre les images de biberons dont nous bombardent la télé et les livres, les pubs de préparations pour enfants, les échantillons gratuits qu’on reçoit, les listes d’essentiels de bébé qui contiennent TOUJOURS des biberons (oui d’accord ça peut servir pour le lait maternel exprimé, mais ça on l’apprend souvent plus tard), le manque d’information sur les bienfaits de l’allaitement, la pression populaire pour que le papa se lève la nuit pour donner le biberon et laisser maman dormir, les craintes véhiculées (seins abîmés, manque de temps, bébés de petits poids, esclave du bébé, lait contaminé par les PFAS), le manque d’accomodation dans les espaces de travail, et le manque de formation en allaitement des professionnels de la santé… je pense honnêtement que la majorité des femmes sont loin d’être en mesure de faire un choix éclairé.

Un bel exemple de la sur-représentation du biberon dans la sphère publique. Ici, pourquoi Caillou ne demande-t-il pas simplement de téter?

Non, je ne les blâme pas. Je blâme le système, la société, les experts, les compagnies pharmaceutiques… l’OMS aussi d’ailleurs qui a lancé une alerte plus tôt en 2024 pour dire que c’est pas normal, l’ampleur du pouvoir et de l’influence des vendeurs de lait artificiel.

Un article percuant des Nations Unies alertant sur la trop grande influence des vendeurs de poudre

Qui a le devoir d’informer?

Alors, si dans notre quotidien on reçoit une information biaisée, de qui devrait en théorie venir l’information sur les bienfaits de l’allaitement?

Pendant la grossesse et à la maternité
  • De la gynéco? Ça ne constitue pas une grande partie de leur formation; elles ne sont pas spécialistes de ce qui se passe avec bébé une fois qu’il est né.
  • De la sage-femme? Si vous avez la chance d’en voir une, si elle est formée en la matière, et probablement si vous posez des questions à ce sujet, oui.
  • Des infirmières? Comme pour les médecins, malheureusement leur formation en la matière est généralement déficiente, très inégale entre les pays et même les maternités au sein d’une même nation. Pire, presque toutes mes amies, tous pays confondus, ont reçu des conseils contradictoires de différentes infirmières pendant leur bref séjour à l’hôpital, post partum. Une d’entre elle s’est même fait blesser les seins car les dames replaçaient souvent le corps du bébé pendant qu’il tétait, sans briser la succion, bref en tirant sur ses mamelons… Une autre, avec un bébé grand prématuré, n’a reçu aucune aide, aucun conseil. Elle ne savait pas qu’elle pouvait démarrer son allaitement au tire-lait vu que le bébé était en incubateur et sous sonde gastrique. (Personne ne lui jette la pierre; qui est prête à ça deux mois avant l’accouchement?!) Au bout de quatre jours de seins douloureux, une infirmière a fini par lui demander si elle avait obtenu du colostrum, sans lui avoir expliqué comment faire: puis a échapé la moitié de la seringue du précieux liquide par terre!
Après la naissance
  • De la pédiatre? Elles sont généralement peu formées, pas à jour dans les connaissances et ne peuvent pas agir au même niveau que les conseillères en lactation. Une amie me racontait que le pédiatre de son bébé lui avait carrément dit que le lait maternel après 6 mois, c’est juste pour les pays en voie de développement; qu’au Canada ils n’ont pas besoin de ça! Et c’était en 2022… Ouch.
  • D’une conseillère en lactation? Encore faut-il savoir que ça existe, puis être convaincue de son utilité pour la chercher, la contacter et même souvent la payer.
  • Des livres sur la grossesse et la puériculture? Potentiellement, bien que tous ne l’abordent pas de la même façon. Aussi, il faut vouloir chercher; être conscient.e. qu’il nous manque une information, ce qui n’est souvent pas le cas puisque la société se charge de former notre subconscient à ce qui est perçu comme normal. Un papa de mon entourage à qui je demandais où il prenait son information parentale m’a simplement répondu qu’il demandait à Google ou allait chercher dans le livre donné à la naissance juste quand il rencontrait un problème. La maman et lui ne lisent rien en prévention, en préparation, pour information seulement.

Qui peut les blâmer? Il n’y a pas assez de temps dans une journée pour approfondir des domaines dans lesquels on ne sait même pas qu’on n’en sait pas assez!

En continu
  • D’internet? Si seulement les sites de lait maternisé n’étaient pas en tête dans les algorithmes des moteurs de recherche!
  • Des grands-mères et tantes du nourrisson? C’est probablement la source la plus commune… qui repose souvent uniquement sur leur propre vécu et connaissances incomplètes. Elles n’ont plus n’ayant pas reçu beaucoup de support, il y a fort à parier qu’elles vont plutôt vous proposer d’arrêter de lutter et passer au biberon! Une amie dont la belle-mère est médecin (en Bulgarie) me racontait qu’elle l’avait incitée à donner du lait artificiel car un séminaire offert par des pharmaceutiques l’avait convaincue de l’absolue supériorité du produit… En plus de lui permettre de câliner ses petits-enfants pendant le biberon!
  • De la télé et des livres? Il faudrait déjà qu’ils arrêtent de mettre systématiquement des biberons à la bouche des bébés. Oui, même s’il est dans les mains du papa dans un effort d’illustrer le partage des tâches. Illustrateurs, montrez l’allaitement avec papa qui le supporte, et faites changer les couches au père!
  • De votre cercle d’amies ou groupes sur les réseaux sociaux? Heureusement il y en a de plus en plus, mais elles ne peuvent généralement que partager leur propre expérience. De plus, dans une société où on valorise la santé de la mère et des bébés, ça ne devrait pas remplacer l’information des professionnels!
  • Qui j’oublie?

L’information reçue est-elle équilibrée?

Bref. Compte-tenu:

  • Du manque d’information sur l’allaitement fourni aux mères pendant la grossesse;
  • Du manque de soutien à l’allaitement à la maternité et à la maison;
  • Du manque de sources fiables (non biaisées par des intérêts économiques)
  • De l’influence immense des publicités et lobby des vendeurs de lait maternisé
  • Du manque de formation des professionnels de santé
  • De l’omniprésente représentation du biberon comme étant la norme dans nos sociétés

Est-ce qu’on peut sereinement affirmer que la plupart des mères, sur les épaules desquelles repose le lourd fardeau de cette décision, font le choix d’allaiter ou non de façon éclairée?

Me think not.

Est-ce que j’exagère? Le faible 35% de bébés allaités exclusivement jusqu’à 6 mois même au Canada me fait croire que non. En tout cas, c’est le message que passe l’OMS cette année dans sa campagne. Que les femmes ont besoin d’un plus grand support pour que les taux d’allaitement augmentent! Et que oui, les taux d’allaitement doivent augmenter pour des questions de santé publique.

Informer et supporter, pas culpabiliser

Malheureusement, et c’est le comble, pour éviter à tout prix de culpabiliser les mères qui font le choix de donner le biberon, la société a tendance à clamer que l’important est de nourrir bébé et qu’il prenne du poids, peu importe comment. Au lieu de s’attaquer au problème, au lieu de donner l’information aux parents, au lieu de former les professionnels de santé. Plutôt que de faire changer les milieux professionnels pour favoriser l’allaitement au travail, de museler un peu les vendeurs de poudre comme le préconise l’OMS et de faire savoir largement que le lait maternel est mieux.

La situation est grave. On fait croire aux femmes que leur lait n’est pas assez bon, ou qu’elles n’ent ont pas assez, ou que c’est trop compliqué… au lieu de les AIDER à donner ce qu’il y a de mieux pour elles et leur enfant. 

Arrêtons de culpabiliser les mères. Arrêtons de justifier que moins de la moitié des bébés soient exclusivement allaités dans le monde par l’idée que c’est le choix de la mère, alors que le système ne permet pas à la plupart des mères d’être outillées, au contraire, pour faire ce choix en toute connaissance de cause.

En tant que société, famille, amis, supportons les mères dans l’allaitement.

Parce que cet article était sûrement pénible, finissons en humour avec ce dessin de l’illustratrice Gayelle qui résume bien quelques-une des pressions « anti-allaitement » que subissent les mères.

source Gayelleillu.com

Toute la série allaitement:

  • As-tu de la poudre?
  • Allaiter, c’est dur
  • L’allaitement, c’est mieux
  • La suite: Allaiter longtemps, culpabiliser longtemps?

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