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Six continents de mamans

As-tu de la poudre?

25 septembre 202415 octobre 2024
As-tu du lait, ou tu vas donner de la poudre? Image créée par IA via Image_Creators

Chaque année, UNICEF et l’OMS organisent la semaine mondiale de l’allaitement maternel. J’imagine qu’ils font plus qu’une journée parce qu’un seul jour ça passe trop vite dans la vie d’un parent de bébé… donc allez, faisons durer ça une semaine! 

C’était du 1 au 7 août 2024. Oups, je l’ai raté… mais ça m’est égal parce que, franchement, on allaite toute l’année. Pour l’occasion, je propose donc une série d’articles sur mon expérience.

Vraiment, est-ce que je vais oser aborder ce sujet délicat et épineux qu’est l’allaitement maternel? 

C’est mal me connaître si vous en doutez! Allez, je plonge. Mais d’abord, je vais vous raconter une histoire.

Un heureux évènement

Marie attendait anxieusement derrière un rideau de pouvoir voir son nouveau-né. Elle était épuisée après un accouchement difficile qui aurait dû se passer tranquillement à la maison avec les sages-femmes.

Le processus avait plutôt fini entre les mains d’un jeune gynéco masculin de garde, visiblement irrité de s’être fait gâcher son vendredi soir… et d’une infirmière d’âge moyen pas tellement plus bienveillante qui lui avait répété de se calmer et de se taire. Le tout dans un espèce de couloir pas du tout privé où même ce qui semblait être un plombier était passé pendant l’action. 

Auparavant, à la maison, le bébé ne voulait pas sortir, malgré les différentes positions essayées. Il avait fallu, à regret, se rendre à la clinique car la mère n’avait plus la force de pousser. En Uber. Le chauffeur devait être content d’avoir une histoire à raconter à ses collègues!

Lorsque le bébé était finalement sorti, après 17h de contractions et des manoeuvres de Kristeller (d’ailleurs interdites par les ordres professionnels dans plusieurs pays vu les dommages qu’elles peuvent causer tant au bébé qu’à la mère), il n’avait pas pleuré tout de suite. Son petit corps flasque et un peu trop bleu au goût des parents avait été déposé sur le ventre, flasque lui aussi, de la nouvelle maman. 

Paniqués, les deux parents s’étaient regardés, se demandant clairement si leur bébé était déjà mort. 

Soins d’urgence

Une femme l’avait vite pris et emmené dans une salle à côté, où des pleurs s’étaient finalement faits entendre après ce qui leur avait semblé être une éternité. Les nouveaux parents ne sauront jamais combien de temps exactement leur nouveau-né avait pris pour respirer.

La jeune pédiatre de garde avait ensuite emmené le poupon vers les parents, sans les laisser le prendre ni le toucher. Après avoir demandé, pour la forme, si elle pouvait l’emmener en observation étant donné qu’il semblait avoir manqué d’oxygène, elle était disparue avec le bébé emmeilloté dans une couverture qui n’était pas celle qu’ils avaient apportée. Le père s’était fait demander de suivre des gens de l’administration pour aller régler des papiers. Marie s’était fait rouler, couchée sur le petit lit d’hôpital, vers un autre coin de salle un peu caché derrière un rideau. On lui avait dit de se reposer, qu’elle verrait son bébé plus tard. 

Où est bébé?

Marie était inquiète. Elle n’arrivait pas à dormir. Son cerveau alternait entre ses craintes légitimes de jeune maman et les pires scénarios catastrophes: son cordon avait été coupé trop vite et il manquerait de fer; son enfant allait avoir un handicap intellectuel vu qu’il avait manqué d’air; personne n’avait respecté son plan de naissance et le petit avait sûrement déjà été lavé au savon; elle avait reçu différents produits par intraveineuse, sans savoir quoi, et ça allait affecter son lait; et surtout, elle se demandait quand elle pourrait le mettre au sein! Marie savait que la mise au sein dans les premiers instants de vie sont importants pour faciliter l’allaitement par la suite.  

21h plus tard

Marie avait dormi un peu et avait enfin été amenée dans une chambre privée. Son conjoint, le nouveau papa, était passé la voir. Il avait été autorisé à aller voir leur bébé, placé en incubateur, et lui avait montré une photo. Toutefois, elle n’était toujours pas autorisée à aller le voir, encore moins l’allaiter. En plus, elle avait appris que les infirmières le nourrissaient à la seringue avec du lait en poudre, sans son consentement, et qu’il avait été mis sous perfusion de glucose. 

Seringue de lait potentiellement utilisée pour alimenter le nourrisson, au lieu de le mettre au sein de sa mère. Image créée par IA via Image_Creators

On lui avait dit qu’il allait sous observation, pas se faire gaver de cochonneries sans l’autorisation des parents! 

Folle de rage, Marie essayait d’attrapper les infirmière et insistait pour aller le voir et lui donner le sein. 

Ce n’est que 21 heures après sa naissance que le nouveau-né pu enfin sentir l’odeur de sa mère. Ho, un mamelon? Hum, intéressant, s’est-il peut-être dit… mais je ne sais pas quoi faire avec ça, pourquoi ça ne coule pas dans ma bouche comme avec l’autre femme?

Le petit finit par téter, du moins Marie en a l’impression. Elle n’est pas certaine de ce à quoi c’est supposer ressembler, un bébé qui tète. En tout cas le mamelon est dans sa bouche et il bouge la mâchoire. Dans la chambre, il y a un petit lit en plastique pour déposer le nourrisson; elle pense qu’il y passera la nuit. Mais il ne fait qu’y pleurer. Elle le garde dans ses bras, au sein. Mais il a du mal à se rendormir, il pleure dès qu’elle essaie de le déposer. 

Lait, pas de lait 

Assurément, le bruit doit déranger. L’infirmière passe dans la chambre.  « Madame, dit-elle, je peux le ramener avec moi, je lui redonne du lait à la seringue, vous n’en avez peut-être pas. Il va mieux dormir et vous pourrez vous reposer. »

Marie ne sait pas quoi faire; elle a envie d’allaiter, mais pourquoi ça ne semble pas marcher? L’infirmère doit savoir ce qu’elle fait… elle accepte et le petit repart.

Le lendemain (ou plutôt quelques heures plus tard), les tentatives d’allaitement reprennent et le nouveau-né semble plus enthousiaste. Peut-être qu’une maman moins fatiguée, ça aide? 

Quand même, juste avant de rentrer à la maison, l’infirmière demande à Marie, en lui tâtant les seins à pleine main sans avoir demandé si elle pouvait la toucher:  « C’est bon, vous sentez qu’il y a du lait qui coule? »

Heu… pas trop certaine de son coup et mal à l’aise du contact physique, Marie répond un timide oui… elle aura l’autorisation de rentrer chez elle.

Avant de partir, on lui remet un sac cadeau en plastique rempli de dépliants, pubs et coupons-rabais pour jeunes parents. Il contient aussi une petite boîte de lait en poudre d’une marque connue. (C’est quoi le message? Vous n’y arrivez pas, aussi bien prendre la lait en poudre direct?)

6 mois plus tôt

Marie a 33 ans. En couple depuis six ans, elle n’a jamais vraiment voulu d’enfants. Elle n’arrive pas à s’imaginer mère et se concentre sur sa carrière. Mais bon, la biologie étant ce qu’elle est, ça a finit par arriver (fort heureusement dans son cas!) N’ayant jamais vraiment été exposée aux bébés, elle ne sait pas trop comment gérer ça, un bébé.

Alors, en bonne femme cartésienne qu’elle est, elle commence à faire des lectures et s’informer sur la grossesse, l’accouchement, la première année de bébé, etc. Evidemment elle lit des best-sellers, des lectures officielles du gouvernement. Et bien sûr elle se fait donner des conseils par sa famille et amis et entend une foule d’infos à gauche, à droite.

La question du lait revient souvent, l’idée générale la plus répandue étant que l’important est que le petit prenne du poids. «Il faut le nourrir, avec amour, la manière importe peu et c’est le choix de la mère », lit-elle souvent. Pas certaine encore d’être d’accord avec ça, mais bon, au moins on prend en compte les désirs de la femme!  

Elle ne le sait pas encore, mais en fait elle « connaît » déjà plein de choses sur les bébés. En effet, dès son plus jeune âge, la société, sa famille, ses amis et la télé se sont chargés d’imprimer une foule d’images et de « connaissances » sur tout ça. 

Les connaissances subconscientes

Des exemples de choses qu’on connaît sur les bébé sans en être conscient.e.s? (à lire avec le détecteur de sarcasme et second degré allumé)

-La grossesse, c’est pénible. Mais tu vas quand même travailler jusqu’à ce que tu crèves les eaux en pleine réunion. 

-Puis, tu iras à l’hôpital où tu vas accoucher en hurlant comme une déchaînée, couchée sur le dos les pieds dans des étriers de table gynéco (même si c’est pas la bonne méthode, mais ça tu le sais pas).  

-Tu ramèneras ton bébé à la maison le lendemain ou deux jours plus tard. Là, le papa, en bon homme moderne égalitaire, se lèvera la nuit pour donner le biberon au bébé qui dort dans sa chambre à lui, question de te laisser te reposer.

-Le jour tu pourras vaquer à tes occupations, te reposer, t’occuper du petit, le pouponner, tout ça, tranquilou.

– Si tu le désires, tu pourras allaiter. Sans pression, hein, juste si t’en as envie, car on l’entend souvent, ça doit être le choix de la mère et pas une contrainte sociale et familiale.

Avec du recul 

Cette histoire, vous l’avez sûrement deviné, c’est la mienne et elle s’est passée à Lima, au Pérou, dans une clinique privée de niveau moyen. 

Je n’ai eu aucun support, bien au contraire, en lien avec l’allaitement ni pendant la grossesse, ni à la maternité. Je n’avais pas non plus eu d’exemple marquant dans ma vie de femmes allaitant leur bébé. Par contre j’avais préparé (lorsque je gardais des enfants, adoloscente) et vu préparer (à la télé surtout) beaucoup de biberons. Dans mon subconscient, la norme, c’était le lait en poudre.

Avec du recul, je vois maintenant plein d’aspects qui auraient pu mieux se passer pour faciliter l’allaitement de mon premier-né.

Vous en voyez vous aussi? 

Heureusement, je sais que plusieurs femmes ne le vivent pas aussi mal et ont un peu plus de support… mais ont-elle vraiment tout le support nécessaire?

Pour la suite, c’est dans mon second article pour la semaine mondiale de l’allaitement: Allaiter, c’est dur. Parce que, justement, le thème de cette année c’était: Soutien à l’allaitement maternel pour toutes.

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