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Six continents de mamans

De l’art (…et de l’image) de pondre

21 juin 202321 juin 2023

Merci à Monsieur pour le titre…

Donner la vie. Quelle aventure!

 Beaucoup de récits, de textes, d’études, de documentaires et autres travaux existent déjà sur le sujet, incluant sur les différentes façons de faire dans le monde et au travers des âges. 

Je n’ai aucune intention de faire une revue de litérature (complète) sur le sujet. Ni sur les perceptions culturelles liées à l’accouchement.

Cet article va principalement parler de mon vécu et mes perceptions à moi. Bon d’accord, avec quelques ressources en plus, quand même.

Vouloir devenir maman

En grandissant, et jusqu’à ce que je tombe enceinte, je n’ai jamais vraiment voulu d’enfants. Je n’arrivais pas à m’imaginer maman, moi la Bina-48 (trop rationelle) un peu socialement mésadaptée (méchante ou incomprise?) qui s’est toujours intéressée à l’impact des vilains humains sur la planète (merci les Polluards!)

S’imaginer maman, ça implique se projeter dans le futur selon une image. Une image construite au fil des ans par imprégnation; au contact de ma maman d’abord, puis de celles des autres, mais aussi via l’image maternelle véhiculée dans les livres (même pour enfants), les histoires populaires, l’école, la télé, la publicité. 

C’est la société dans laquelle on baigne qui dicte d’une certaine façon comment est dessinée une “bonne” maman dans notre tête. Evidemment ça prend beaucoup de recul pour se rendre compte de l’impact de cette construction sociale sur notre perception personnelle de notre rôle et performance comme maman. Avec tout plein de conséquences sur notre sentiment de culpabilité, entre autres. Mais ça, c’est encore un autre sujet. 

Depuis que j’ai accouché (deux fois), je suis non seulement plus sensible à la représentation des mamans dans la sphère sociale (à la télé, la publicité, les livres), mais aussi à la représentation de l’accouchement lui-même. Cet évènement si complexe est si souvent tabou, mais quand on ose en parler dans la sphère publique (ou le montrer!), c’est malheureusement, il me semble, toujours de la même façon. 

Un accouchement, c’est comme ça

Cherchons juste des photos avec le mot-clé « accouchement» sur internet pour voir ce qui nous est montré en majorité…

Une femme à l’énorme ventre est à demi-couchée, sur le dos, les pieds dans les étriers d’une table d’examen gynécologique, branchée à plein de tubes et câbles, demande une épidurale et hurle sa vie pendant qu’un docteur (souvent monsieur) caché derrière un drap lui demande de pousser. Pendant ce temps, son mari (un peu blême, souvent arrivé en plein milieu de l’action finale parce que tsé, il travaillait) est globalement passif. Il lui tient peut-être la main, lui lance des « vas-y, pousse ma chérie, tu peux le faire!»

Je sais pas pour vous, mais moi, je n’ai jamais même eu l’idée, jusqu’à la moitié de ma première grossesse, que ça pouvait se passer autrement. La télé, les revues, les histoires entendues avaient bien fait leur travail de m’imprimer cette image dans la tête, à tel point que je ne m’étais même pas posé de questions. Et pourtant, mes proches savent que je remets généralement TOUT en question!! 

Je ne remercierai jamais assez mon amie Amélie de m’avoir fait découvrir le livre de la sage-femme québécoise Isabelle Brabant. Puis, de fil en aiguille, mes recherches m’ont fait découvrir les sage-femmes, les doulas, et même l’idée d’accoucher à la maison. Et surtout, d’accoucher autrement que sur la sacro-sainte table, sur le dos et les jambes en l’air, comme tous les films et séries nous montrent. En réalité, c’est probablement la position la moins naturelle, pour le bébé comme pour la maman. (Bon, d’accord, je ne peux pas m’empêcher de partager certaines ressources à la fin de mon texte!)

Dans la serie allemande Kleo, une femme accouche par surprise en pleine nature et une autre l’assiste. Couchée sur le dos au sol avec l’autre la tête entre ses jambes. Je crie STOP aux scénaristes, de grâce !!!

Mais c’est pas comme ça, en vrai…

Ou du moins, c’est pas FORCEMENT comme ça.

Parce que, comme le souligne un article très bien écrit sur Les différentes façons d’accoucher à travers les âges et les cultures:  

« Depuis le XVIIe siècle et les recommandations de François Mauriceau, l’un des premiers chirurgiens à se spécialiser en obstétrique, les femmes accouchent le plus souvent sur le dos dans les pays occidentaux. Si cette position facilite le suivi du travail par les équipes médicales, elle n’est pourtant pas physiologique. Ainsi, dans la plupart des autres pays du globe, les femmes donnent naissance à la verticale, la gravité favorisant la descente du bébé.»

Naturellement, instinctivement, si la femme écoute son corps (et n’a pas été trop influencée inconsciemment par les images de cette position gynécologique classique), elle ne va pas se mettre sur le dos de cette façon pour faire naître son bébé. «Avec la médecine moderne, la femme a ainsi perdu, au fil du temps, sa mobilité, sa spontanéité, son instinct primaire qui la guidait jadis dans ses positions lors de la mise au monde.» de rajouter Marie Fortier.

Pour l’anecdote, ça serait Louis XIV qui aurait donné l’idée aux médecins de cette position sur le dos car il était curieux et souhaitait observer de près le bébé sortir des entrailles de sa concubine…

Alors ça peut être comment?

Pour mon premier accouchement, j’ai passé beaucoup de temps sur le ballon Pilates (avec le papa qui me massait le bas du dos ou y aposait une bouillotte), ou bien accroupie pendue aux bras du papa pendant les contractions, couchée sur le côté pour me reposer, dans le foulard de portage à me faire balancer pour aider bébé à tourner… je n’ai jamais réussi à me suspendre à un foulard accroché au plafond; ma morphologie n’était pas faite pour ça il faut croire!

Pour le deuxième, j’ai d’abord passé la matinée à gérer mes contractions au parc en marchant et en poussant le plus vieux sur la balançoire. Puis, une fois dans la salle d’accouchement, j’ai encore passé du temps sur le ballon, mais surtout à quatre pattes sur le matelas de gym posé au sol, couchée en foetus sur le côté entre les contractions pour me reposer (avec le papa arrivé vers la fin qui me massait FORT le bas du dos). Ce n’est qu’à la poussée finale qu’on m’a priée de monter sur la table gynéco, mais après une seule contraction beaucoup trop douloureuse je me suis vite placée sur le côté, la jambe et le bras du dessus soutenus par Monsieur (position qu’on appelle souvent à l’anglaise).

Exemples de positions pour gérer les contractions à deux, provenant du livre « Une naissance heureuse» de Isabelle Brabant

Un futur père c’est tellement inutile

Du moins c’est l’image renvoyée encore une fois dans l’imaginaire collectif: pendant l’accouchement, le futur père est souvent absent, à tout le moins en retard, mal à l’aise et… à peu près passif. A part quelques mots d’encouragement, on ne lui donne pas trop d’importance.

Lors de mon premier accouchement, la doula avait bien insisté pour travailler avec le papa et nous donner des trucs à tous les deux. Pour qu’il soit présent, dans le moment présent pour vrai, et qu’il soutienne vraiment la future maman (en plus ça lui fait oublier son malaise, tout gagnant!). J’avais même préparé une liste de rappels au papa contenant ses tâches, comme me masser avec les techniques pratiquées, m’apporter de l’eau, me mettre du baume à lèvres, m’apporter à manger (un accouchement à la maison, c’est pas pareil, je vous dis…), me faire rire, me rappeler les techniques de respiration, m’aider à bouger si on sent que ça stagne, etc. En plus du classique « pense au sac de maternité si on part à l’hôpital! » Ils peuvent être très utiles les conjoints pendant l’accouchement, comme le mien l’a été. Il doivent juste se préparer eux aussi!

Alternative

J’ai donc trouvé une doula à Lima. Elle m’a fait connaître une médecin qui offrait une alternative aux cliniques privées de la capitale. Une maison de naissance, appelée Pakarii, avec l’option d’accoucher à la maison avec elle et des sages-femmes de son équipe. Il y a même un homme accoucheur.

Ce qui était plutôt une bonne chose, considérant que le taux de césariennes à Lima est de 85% !!!

  • Prépa accouchement en mode relax
  • Ateliers de portage
  • Positions…
  • Apprendre à baigner bébé dans un seau!
Photos: Instagram de Pakarii

Une doula, c’est …. 

  • Une accompagnante, une âme douce sur qui se reposer;
  • Une preparation AVEC le mari
  • Des exercices de respiration, massages, pratique des mouvements et positions possibles lors de l’accouchement;
  • Un suivi post-natal pour aider avec les soins au bébé 
  • Un support psychologique face au stress et à l’appréhension…

Vous n’avez pas accès à ce service? De plus en plus de ressources parlent de varier les positions pendant l’accouchement et donnent des exemples que vous pouvez pratiquer à la maison avant le jour J (voir les ressources au bas de l’article).

Accoucher à la maison au Pérou

Alors, comment ça se passe, accoucher à la maison à Lima? Bon en vrai, c’était génial, du moins considérant que ça reste un accouchement. Relax, drôle même par moments, touchant. Mais ça aurait été encore mieux si tout s’était déroulé comme prévu… C’est-à-dire que le petit mosus n’a pas voulu sortir et il a fallu y aller, à la clinique privée. Et oui, ça prend un plan B en cas de problème, parce qu’il y a quand même des actes médicaux qu’il est interdit de performer en dehors d’un établissement de santé officiel, même au Pérou!

Et là, le traitement donné à l’accouchante (moi) et l’attitude des professionnels de santé n’avaient rien d’agréable.

A suivre ? 

Ressources

**Pour une revue de littérature sur « L’évolution des positions d’accouchement en France et dans nos cultures occidentales», c’est ici

**Des idées de positions qui soulagent, pour aider à gérer la douleur

Le meilleur livre de préparation à l’accouchement que j’ai trouvé? Celui de Dr. Bernadette de Gasquet

Des conseils précieux! Le travail, la douleur, accoucher à la maison, gestes médicaux qui peuvent être évités et plus.

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