Ou « Prêt, pas prêt, tu commenceras l’école l’année de tes 6 ans, mon enfant! »
Depuis que je suis mère, LA phrase que je lis partout, tout le temps, c’est quelque chose comme « chaque enfant se développe à son rythme, ces informations ne sont que des indications générales. »
À quel âge l’enfant va-t-il parler? Quand va-t-elle faire ses premiers pas? Connaître les couleurs? Dessiner un bonhomme avec tous ses membres? Monter à bicyclette? Aimer les légumes?
Ça dépend, nous dit-on. Chacun suit son propre rythme, il y a seulement des intervalles d’âges qui sont globalement considérés normaux (dans une culture donnée).

« Ça dépend » frappe un mur
Tout ça, c’est bon juste pour les bébés et les bambins, apparemment. Parce que quand t’arrives au 1er octobre de tes 6 ans, prêt pas prêt, tu vas rentrer en 1ère année (au Québec). Pas de « Ça dépend » ici !
Ça ne choque personne?
Si, en fait. Plusieurs experts se penchent sur la question dans le monde et démontrent les impacts préoccupants de ce manque de flexibilité. Pour ceux qui ne sont pas prêts, souvent parmi les plus jeunes de la classe, on rencontre: difficultés et décrochage scolaire, besoin plus grand d’aides et de support scolaire, etc. Mais le plus grave: surdiagnostic et surmédicalisation du TDAH.
TDAH vs manque d’attention normal pour son âge
Au Québec, les auteurs d’une étude publiée en 2021 et intitulée Surdiagnostic du TDAH au Québec : Impact de l’âge d’entrée à l’école, différences régionales et coûts sociaux et économiques tirent « des conclusions non équivoques sur l’ampleur du phénomène et sonnent l’alarme sur un enjeu extrêmement préoccupant.» On peut notamment y lire:
…les enfants nés fin septembre ont des taux de diagnostic et de médication du TDAH 35 % plus élevés que ceux nés début d’octobre. Le TDAH serait confondu avec des comportements d’inattention ou de plus grande turbulence.
Les plus jeunes de la classe, donc, ont plus de chance d’être des élèves « à problèmes » et d’être un boulet pour le système éducatif durant tout leur parcours. Parce qu’ils ne sont pas prêts, simplement. Résultat, ils seraient trop souvent diagnostiqués TDAH à tort. Vous imaginez, bourrer votre enfant de psychotropes puissants POUR RIEN pendant des années?
Oublier le calendrier
Pourquoi on n’oublierait pas un peu le sacro-saint calendrier et cette date butoir du 1er octobre pour décider de l’âge de la rentrée? Pourquoi ne pas permettre un peu plus de flexibilité? Accorder aux parents et aux éducatrices à la petite enfance une voix, qu’ils pourraient utiliser pour dire s’ils pensent que l’enfant est prêt ou pas?
Bien sûr, il y a plusieurs aspects à considérer. D’autres variables, d’autres complications, comme tout changement. Aux experts en éducation et tout ça à plancher sur une solution!
Au Kazakhstan: pas prêt, tu attends!
L’idée n’est pas complètement impossible, en tout cas. La preuve, c’est ce qui s’est passé pour mon garçon. Il y a deux ans, je l’avais inscrit en pré-scolaire (équivalent maternelle). Il allait avoir 5 ans au début septembre et allait donc être le plus jeune de la classe.
Puis, vers juin, la pédagogue de la garderie éducative où il allait m’écrit. « Madame, je vous invite à reconsidérer son inscription. Je crois qu’il n’est pas prêt à rester assis à un pupitre de longues matinées. Il est brillant, intéressé et poli; mais il n’arrive pas à tenir un crayon plus de 2 minutes sans gigoter et aller faire autre chose. Il bénéficierait de passer un an de plus en garderie. »
Ici, au Kazakhstan, c’est très commun. Les enfants vont à l’école (équivalent 1ère année) à 6 ou 7 ans. Oui, il semble que ça soit plus fréquent pour les garçons d’attendre un peu, mais pas exclusif à eux. La meilleure amie de mon fils, qui elle a déjà eu six ans au cours de l’été, sera dans la même situation.
Attendre n’est pas échouer
Il ne m’en fallait pas plus pour que je le désinscrive. Sous le regard désapprobateur du papa, bien sûr, qui voyait sûrement ça de son œil patriarcal comme un échec et une atteinte personnelle à sa masculinité. Son fils, recalé dès la maternelle?!? Je vous passe des discussions houleuses évoquant des « tu le maternes trop », « il doit s’endurcir», « on est tous passés par là et on n’en est pas morts », et « mais t’imagines comment ça va coûter au système si on laisse les parents décider de donner un an de plus à leur gamin?» Mon argument concernant les coûts actuels du système en frais d’aides spéciales en classes, plans d’interventions et autres n’a pas été jugé recevable… je n’ai pas osé soulever la question de la charge des profs, ni leur santé mentale.
Je pense donc que la société au complet aurait besoin d’une réflexion sur cette possible flexibilité pour que les parents aussi, y voient des bénéfices.
6 ans, en préscolaire
Bref, mon fils va avoir 6 ans à la rentrée… en maternelle. Et ici, c’est pas anormal. Bien hâte de voir comment ça va se passer et s’il va tenir son crayon plus de deux minutes!
Référence:
Haeck, C., Lefebvre, G., Lefebvre, P., & Merrigan, P. (2023). Surdiagnostic du TDAH au Québec: Impact de l’âge d’entrée à l’école, différences régionales et coûts sociaux et économiques (2023RP-08, Rapports de projets, CIRANO.) https://doi.org/10.54932/DTDB7162

