Article spécial dédicace à Myriam !

Quand j’étais en poste au Burkina Faso comme conseillère en environnement et WASH (water, sanitation and hygiene) pour Oxfam-Québec, une de mes activités était de parler d’hygiène avec des restauratrices de rue. Je donnais des formations sur l’importance de l’eau potable et de l’hygiène dans leurs entreprises mais aussi à la maison, bien sûr.
Une de mes activités favorites de tout temps est celle qui permet de bâtir le «F diagram» avec un jeu de cartes illustrées. Ce diagramme, que je présente dans la figure suivante, illustre les chemins typiques par lesquels les contaminants fécaux peuvent infecter un nouvel hôte, ainsi que les barrières à cette transmission. Les barrières, c’est par exemple le lavage des mains.
En clair, ça explique comment ça se fait qu’on se retrouve avec du caca dans la bouche sans le savoir et quoi faire pour pas que ça arrive.

Le jeu du F-diagram
Le jeu, donc, consiste à former des équipes, leur donner un paquet de sept cartes (les sept images rondes ci-dessus) et un paquet de flèches, puis leur demander de bâtir un diagramme qui explique la transmission oro-fécale. Encore une fois, transmission oro-fécale veut juste dire «le caca se retrouve dans la bouche.»
Puisque la plupart des restauratrices étaient aussi mères, j’avais fait un ajout spécial avec une carte illustrant un bébé. C’est quoi le rapport? Plusieurs d’entre elles travaillaient au moins de temps en temps avec le petit sur le dos, comme c’est commun dans une multitude de communautés. Toutes les équipes avaient placé le bébé dans le diagramme comme un nouvel hôte, un petit être vulnérable qui est facilement contaminé par les pathogènes fécaux. Et c’est vrai.

Seulement vulnérable, bébé?
Sauf que. Un bébé, c’est aussi une sapristi de source sans fin de caca. En plus, on doit le gérer dans de drôles d’endroits et de positions, tout en utilisant du matériel divers qui devient à son tour souillé et donc, source de contamination.
A l’époque je n’avais pas d’enfant. Même si j’avais déjà changé une couche, je ne comprenais pas à quel point c’est parfois facile de juste se dire «bah j’ai rien touché en le changeant, je me laverai les mains plus tard…» Parce que tu es pressée, parce que le lavabo est loin, parce que ton petit hurle si tu fais mine de le poser quelque part et que se laver les mains en tenant un bébé dans les bras c’est pas si facile… N’empêche, j’avais apparemment touché un point sensible.
Bref, je m’étais amusée à voir la réaction des femmes et la petite lumière allumer dans leurs yeux quand j’avais déplacé la carte du bébé en amont du diagramme, comme source de contamination. Et de dire avec un clin d’oeil, «ça c’est quand par exemple le petit est sur le dos, il a besoin de faire, maman s’en occupe vite vite entre deux commandes, remet le bébé sur le dos, le pagne, et la première chose qu’elle fait c’est se laver les mains, bien sûr, n’est-ce pas?» Rires coupables dans l’assistance.
Laver le popotin à l’eau…
Il faut dire qu’au Burkina Faso, pour plusieurs mamans il y encore peu d’utilisation des couches jetables (tant mieux!!). Pour différentes raisons (surtout économiques je pense), l’hygiène naturelle infantile, qui ne porte probablement pas de nom là-bas, est commune. La maman sait quand le petit a envie, l’accroupit quelque part, puis lui rince les fesses avec de l’eau puisée avec la main placée en coupole. De la même façon que les adultes s’essuient à l’eau avec la main (gauche!!) dans beaucoup de pays musulmans. D’où l’importance accrue de se laver la main au savon de qualité après!
Au Kazakhstan aussi (et en Bulgarie, selon mon amie Mia), il semble commun de rincer le popotin de l’enfant à l’eau au-dessus du lavabo, puis de l’essuyer avec une serviette de bain. A l’eau, sans savon, puisque c’est un irritant. Je ne sais pas si l’application de crème, huile ou autre est commune après. En tout cas, moi je le fais souvent aussi, finalement je trouve ça plus pratique que de devoir mouiller ma lingette lavable et essayer de ne pas étaler de marde partout (faut dire que ce second bébé est le champion du fouerreux, malheur…) Personnellement, suite à ce rinçage je passe du liniment oléo-calcaire avec une lingette (sèche le plus souvent, les fesses sont déjà mouillées).
…et la main au savon
Bref, tout ça pour rappeler l’importance de se laver les mains après avoir changé la couche de bébé. A chaque fois. Sinon, tu risques d’avoir du caca dans la bouche, avec parfois des pathogènes qui rendent malade dedans. Et le risque est d’en nourrir la fratrie aussi!