Rien ne m’avait préparée à ça. Voyager avec de jeunes enfants dans le pays avec le plus faible taux de fertilité, ça ressemble à quoi?
Combien d’enfants?
Savez-vous quel pays dans le monde fait le moins d’enfants?
Avec 0,72 enfants par femme en moyenne, en baisse chaque année, la Corée du Sud détient le record du plus faible taux de fertilité.
Et alors? Je reviens d’un voyage en Corée du Sud où ce faible taux de 0,72 enfants par femme m’a fait réfléchir. Habituée au Kazakhstan (2,6 enfants par femme, soit presque 4 fois plus!) et à la présence continue des enfants dans l’espace public, partout et à toute heure, leur absence en Corée du Sud m’a interpellée.
Quel accueil?

En effet, qu’on soit expatriés ou que l’on voyage, une question majeure se pose en tant que parent de jeunes enfants: Quel est l’accueil qui leur sera réservé? Est-ce qu’ils seront admis partout? Est-ce que leur énergie, leur pagaille et leurs jeux cacophoniques vont déranger? Est-ce qu’il y aura des infrastructures adaptées, des aires de jeux, des prix réduits?
Avant de partir, j’avais lu avant de partir que les enfants étaient généralement les bienvenus, sauf dans les zones clairement identifiées comme « sans enfants ». Que ces zones étaient parfois juste une section d’un lieu, par exemple le deuxième étage d’un café. A part ça, les gens seraient a priori gentils avec mes chérubins.
En pratique
Les premières fois où j’ai pris le métro, je me suis quand même demandée si c’était mal vu de les y faire monter… aucun autre enfant en vue. Bon, c’est l’heure de l’école, en pleine semaine, que je me suis dit. Il paraît que les coréens vont à l’école (ou en cours privés extra-scolaires) très longtemps chaque jour, même le soir, dès leurs trois ans. Société compétitive, vous dites?
Il paraît aussi qu’une des raisons pour lesquelles il y a peu d’enfants est que ça coûte cher. Education, cours privés, vêtements, appartement plus grand, etc. Je me demande aussi si les parents considèrent l’achat d’une voiture comme une nécessité avec un enfant. Lors d’un repas avec une collègue sud-coréenne, elle a insisté pour nous commander un taxi pour notre prochaine destination, arguant que c’est plus commode avec les enfants. Et ce, malgré ma tentative de lui expliquer que je n’avais pas les sièges d’auto et que je trouvais le métro de Séoul bien pratique!
Le faible nombre absolu d’enfant ainsi que leur concentration probable autour des centres scolaires explique sûrement pourquoi il m’a été très difficile de trouver des terrains de jeux lors de nos balades. Au Kazakhstan, j’ai l’habitude d’en trouver derrière chaque barre d’immeuble. En Corée, je n’en ai trouvé que dans des endroits spécifiquement identifiés «pour enfants » comme Seoul’s Children Park. Ceci dit, je suis consciente que ce n’est pas parce que je ne les ai pas trouvés qu’il n’y en a pas…
Au fait, pourquoi je cherche des modules de jeux en voyage? Pour remplir leur besoin de sauter, grimper, crier et globalement dépenser de l’énergie, améliorer leur humeur et être en mesure de faire une activité plus calme comme un musée à un autre moment de la journée!
Quel traitement?
Alors, quel traitement a été réservé aux miens? Globalement un traitement de petits princes. Clairement les coréens adorent les jeunes enfants étrangers (le 2 ans 10 mois était clairement favori, le 5 ans et demi déjà un peu trop vieux…).
Les infrastructures
Mis à part l’absence de parcs mentionnée auparavant, il est évident que des efforts sont faits par les services publics pour faciliter la vie des jeunes mères et promouvoir la natalité. Transports gratuits jusqu’à six (6) ans, musées et activités gratuites en bas de deux (2) ans, et surtout, toilettes et lavabos adaptés dans les toilettes publiques (dans chaque station de métro, un vrai bonheur!)
Le contact
Les personnes âgées (incluant beaucoup d’hommes!) les saluaient, faisaient coucou, venaient les toucher sur la joue ou le menton, essayer de leur parler. A la fin du voyage, mon petit s’est juste mis à saluer tout le monde de la main comme une petite star.
La tolérance
De toute évidence, les gens qu’on a croisé ont été plus tolérants avec les miens aussi. A genoux sur le siège de métro? Rit fort et crie un peu? Ne reste pas en place et alterne entre assis et debout en se tenant au poteau? Court dans la station de métro? Pas grave! Petits regards amusés et sourires en coin. Les gens, incluant les personnes âgées, leur laissaient même leur place dans le métro! A l’opposé des quelques enfants coréens croisés dans les transports qui se faisaient marteler de « chuuuuut » ! Oui, j’ai essayé de mieux tenir les miens. Non, je n’ai pas toujours réussi, surtout lors des trajets de plus de 45 minutes.
Les cadeaux
Enfin, dernier aspect de la vie d’enfant star en Corée du Sud, les cadeaux. Presque chaque jours, ils recevaient un bonbon, des biscuits, de la bouffe. Ils ont même reçu de l’argent, à trois reprises! Dans la rue, le métro, les stations de métro, à l’aéroport, au resto, en randonnée, en visite guidée…
Ça semble presque une obligation d’offrir quelque chose. Certains cherchaient frénétiquement dans leur sac pour parfois sortir des items plus ou moins adaptés, comme un paquet d’algues nori (à manger avec le riz, m’explique la dame, oui, merci…) ou de la gomme à mâcher (pas idéal à deux ans!)
Des exemples
- Un vieil homme dans une station insiste pour donner tout son paquet de biscuits qu’il avait pourtant l’air de manger avec appétit;
- Un monsieur en complet-veston salue et joue avec mon plus jeune dans la gare, et avant de partir lui donne un billet de 1000 won;
- Au café en attendant à la caisse, la caissière leur donne chacun un petit bonbon. Un peu plus tard une autre serveuse passe à la table et leur en donne deux de plus;
- Une dame âgée qui fait du change sur le coin d’une rue sort sa liasse de billets et leur donne chacun 1000 won (1$ CAD);
- La gardienne de l’entrée du parc Hallasan, où on part pour six heures de randonnée, leur donne chacun un gâteau emballé (Chocopie, un genre de petit Jo Louis à ma guimauve);
- Plus tard dans cette randonnée, une pluie assez intense démarrant, une femme dans la vingtaine qui redescendait insiste très fortement pour que je prenne son poncho et leur sac de bonbons, chocolat et jerky (merci, là ça m’a bien servi!);
- Dans un resto de poulet frit et burgers, le cuisinier qui semble être le patron m’offre d’abord à moi un ouvre-bouteille de la microbrasserie du coin (oui, j’avais commandé une bière de la marque). Puis voyant que les enfants partagent la même bouteille de jus (il ne sait pas que je rationne!) il vient leur en offrir une autre …
- Au passage de la sécurité de l’aéroport de Jeju vers Séoul, l’agente de sécurité au tapis roulant leur donne des bonbons (sérieusement, ils gardent ça sur eux tout le temps?!?)
- Dans la file qui monte un escalier sur trois étages, pour prendre le téléphérique vers la N Tower, encore des bonbons;
- Des employés d’un resto qui donnent un biscuit- alors que ce n’est même pas sur le menu.
Et j’en passe ! Sur un voyage de deux semaines, c’est une bonne moyenne je dirais!








WoW impressionnant à lire! On dirait qu’il donne des bonbons aux enfants pour dire enfin de la relève pour notre pays… ils doivent bien savoir que ça sera un problème plus tard chez eux… mais d’un autre côté il y a toute la culture que je connais moins et qu’ici au Québec on est chanceux (congé de maternité payé, garderies, grands-parents qui nous aident etc)
Des fois ça chialent au Québec alors qu’on n’a jamais été ailleurs dans le monde! Très bon texte!
Merci de ton commentaire Valérie! Tu me donnes une idée de texte, tiens, investiguer sur quoi chiâlent les parents dans le monde… ! Tu as raison, on voit le monde avec nos yeux baignés dans notre propre culture et c’est vraiment difficile parfois de comprendre ce qui passe ailleurs, même quand on l’observe! J’espère ouvrir de petites fenêtres sur ces « ailleurs » qui existent, en essayant de ne pas juger. Merci de me lire!