Arrivé à un certain âge, les enfants de partout reçoivent un pluie de NON.
Dire non aux enfants, c’est universel. On va se le dire, c’est probablement le mot qu’ils entendent le plus dès qu’ils sont en âge d’attraper des trucs. Donc, quoi, 3 mois? Et ce, dans tous les pays du monde.
Après on se demande pourquoi ils nous le renvoient en pleine face 150 000 fois par jour arrivés à deux ans…

Interprétation variable
D’une langue en l’autre, ce qui est intéressant c’est que ça ne sonne pas pareil à nos oreilles. En français, en anglais (no) et en espagnol (no), c’est du pareil au même. Mais en russe, ils ne disent pas нет (niet) mais plutôt не надо (nié nada), qui se traduit plus facilement en anglais par do not. Ou encore, ils disent нельзя (nielza), littéralement « c’est interdit » ou « ce n’est pas permis ». Étrangement, ça semble plus dur à mes oreilles!
Obligées de dire non
Parfois pour leur sécurité, parfois pour notre tranquillité, d’autres fois parce qu’on n’a pas encore envie de ramasser leur bordel… En tant que parents, on doit leur interdire une panoplie de choses pourtant toutes plus amusantes et intéressantes les unes que les autres. À ce sujet, la fascination de mon petit bout de 8 mois pour les couteaux va finir par m’inquiéter!
J’avais déjà entendu parler d’éducation positive ou bienveillante alors que mon premier n’avait que quelques mois. Toutefois, ce n’est que lorsque j’ai commencé à fréquenter les parcs pour enfants que je m’y suis vraiment intéressée.
Dans cet endroit pourtant (relativement) sécurisé, j’écoutais les mamans d’enfants de tout âge répéter ad nauseam ce petit mot a priori anodin. Pour les empêcher de grimper sur la clôture. Pour leur faire prendre les escaliers bleus plutôt que la barre rouge. Pour ne pas qu’ils montent à l’envers dans la glissade*. Pour ne pas qu’ils marchent à quatre pattes parce que c’est sale par terre.
Pourtant, je n’ai jamais vu de parcs aussi propres que ceux de mon ancien quartier à Lima! J’ai entendu beaucoup de mamans exhorter leur petite (plus souvent les fillettes que les garçons) à ne pas courir parce que « tu vas tomber et abîmer tes habits ». Ça, ça faisait grincer mes dents de maman qui essaie d’offrir une éducation non sexiste, mais c’est une autre histoire…
Vraiment obligées?
Incidemment, c’est lors de mes fréquentations au parc avec d’autres mamans que ça m’a frappé. J’ai alors réalisé le nombre incalculable de fois que je prononçais ce mot moi aussi. Il fallait que je fasse plus attention, mais comment?
Fort heureusement, il y a plein de petits trucs pour moins dire non. Globalement, on peut les classer en deux catégories. D’abord, en limitant les occasions pour les gamins de faire des choses qu’on ne veut pas. Ensuite, en changeant notre façon de nous exprimer.
Réduire les occasions
Bien que ça demande un peu de préparation, la méthode la plus simple pour éviter de dire non sans fin est de ne pas laisser la chance aux bambins de faire des choses qu’on ne souhaite pas qu’ils fassent. Cet article, ici, sur les techniques de base est fort éclairant. Simplement, il suffit de bloquer l’accès aux lieux interdits, d’organiser l’espace pour que bébé ait accès aux bons objets (et à certains interdits quand même pour lui apprendre à ne pas toucher), d’intervenir avant le fait accompli et de rediriger son attention vers autre chose.
Modifier notre langage
Une autre technique à mettre en oeuvre au quotidien, quoique pas évidente au début, est de remplacer le mot « non » par autre chose. Déjà, si on intervient à temps, on peut dire « stop » plutôt que « non ». L’article de Papapositive, ici, donne d’autres trucs et il existe plusieurs autres sites en cherchant un peu.
Mon astuce favorite, celle qui a le mieux fonctionné pour moi et mes enfants, c’est de plutôt dire ce que je veux que l’enfant fasse au lieu du comportement non désiré. En prime, ça me permet de faire travailler un peu mon cerveau ramolli par le manque de sommeil; tout gagnant! Il paraît aussi que les enfants jusqu’à un certain âge ne comprennent pas bien la négation; tu leur dis « saute pas sur le divan! » et ils comprennent « saute sur le divan! ». Un peu embêtant. Alors on transforme en « les pieds au sol s’il-te-plaît! » ou « va sauter sur le coussin là ».
Evidemment, ça prend de la pratique, mais on peut presque toujours dire ce qu’on ne veut pas qu’il fasse de façon positive (ex. Oui, je lave tes mains, ensuite tu pourras attraper la manette). Ou dire au contraire ce qu’on veut qu’il fasse. Voici d’autres idées langagières dans cet article, ici!
Pas permissif
Vous le comprendrez, l’idée de ne pas dire non, ce n’est pas de tout leur permettre. Point du tout. Je ne ferais quand même pas l’apologie de l’éducation (ou absence de) des enfants rois. C’est simplement une modification de notre attitude pour mettre des limites claires aux enfants sans abuser de ce petit mot de trois lettres! Ou plus, ou moins, selon la langue…
* Grimper la glissade est une excellente activité de développement moteur, selon plusieurs experts. On en parle ici. et dans cet article-là, faut-il laisser mon enfant monter dans le toboggan à l’envers On devrait laisser nos enfants le faire aussi souvent que possible, en profitant pour expliquer les règles du savoir-vivre et de « chacun son tour » !