En ce huit mars, le monde entier célèbre, commémore, fête, ou souligne une foule de choses.
{ Tous les jours, on baffoue les droits des femmes.}
Dans les rues de Oskemen, les vendeurs de fleurs pulullent.
{Personne ne manifeste ou ne réclame justice pour des droits des femmes bafoués.}
Sur les comptes Facebook, Instagram, Whatsapp et autres (que je suis trop hasbeen pour avoir), les photos de belles femmes ou de magnifiques arrangements floraux s’agrémentent de gentils messages d’amour, d’amitié, d’espoir, de souhaits de bonheur.
{Où sont les visages des combattantes et de leurs alliés?}
On célèbre à la garderie
Pour l’occasion, les enfants avaient organisé un spectacle pour les mamans. En milieu de matinée, car évidemment c’est facile pour une maman de s’absenter du travail. Plein de cœurs, de beaux mots et de trucs mignons d’enfants. Incluant le jeu « faire comme maman » qui, renforcement des stéréotypes de genre oblige, invite les enfants à courir d’une tâche à l’autre sous une musique effrénée: balai, poussette avec bébé, préparation du repas, lavage du linge.

Sur le groupe de discussion des mamans de la garderie, nous avons ensuite reçu cette jolie carte virtuelle de la part de l’éducatrice:

Traduction:
Nos chères mères / Félicitations pour le printemps! / Que la Journée de la femme vous apporte / Seulement de la joie et de l’amour. / Que les enfants soient en bonne santé / Et obéissants et intelligents / Et de grands talents, doués pour la vie. / Laissez les époux vous gâter / Qu’ils vous aident en tout / Et qu’ils vous aiment encore plus / À chaque nouveau jour de votre vie. / Nous vous souhaitons le printemps / Souriez, soyez plus jolie, / Pour rendre vos cœurs heureux / Nous voulons chanter jour et nuit!
There’s just so much wrong with this. Je ne suis même pas capable de l’exprimer dans ma langue, tellement ça fait boguer mon cerveau.
Merci, non merci
Je vous remercie, tous et toutes, pour les voeux de bonheur (et d’obédience de la part de mes enfants). Ça me touche. Je sais bien que ça se veut gentil, attentionné, et que ça part d’une bonne intention.
Et ça me fâche, et ça m’attriste.
Ça me fait un peu beaucoup bouillir en dedans (et pour ceux qui me connaissent, en dehors aussi!). Parce que, encore une fois, une majorité de gens passe à côté de l’objectif premier de cette journée.
En ce huit mars, une foule de femmes se lèvent, crient, se battent et réclament le respect de leurs droits.
Le 8 mars, c’est la journée internationale des Droits des femmes. Pas la fête des mères, ni la Saint-Valentin.
Il y a une FOULE d’organisations qui sont là, pourtant, pour le rappeler et l’expliquer.

Droits des mamans?
En devenant maman, je ne pensais pas me sentir encore plus touchée par cette journée. Pourtant, je réalise qu’en tant que femme ET mère… hum… est-ce que ça rentre dans le principe d’intersectionalité, ça? En tout cas.
J’écrivais donc, en tant que femme ET mère, il y a encore plus de droits, que je croyais acquis, pour lesquels je dois me battre. Moi un peu moins que d’autres, que des millions de femmes.
Le droit de passer un entretien d’embauche qui considère mes compétences, et pas surtout le fait que je partirai peut-être en congé maternité (ou en congé maladie un peu plus souvent que le papa, encore de nos jours)
Le droit d’obtenir le respect de mon corps, tant pendant la grossesse (par ex. examens invasifs non absolument nécessaires), que l’accouchement (par ex. épisiotomies et autres manoeuvres de routine non justifiées) et que les relevailles.
Le droit d’obtenir des soins de santé de qualité. Avec des médecins qui ne se contentent pas de hausser les épaules devant un symptôme en disant «c’est dans votre tête» ou « vous savez, c’est normal après deux enfants» … (et qui ne savent même pas que des milliers de pages de connaissances de médecine sur le corps féminin datant entre autres des Arabes ont été détruits à l’époque où le corps est devenu tabou!)
Le droit d’obtenir des soins de santé qui permettent de ne pas mourir de complications post partum parfaitement évitables, lorsque les soins sont adéquats.

Encore des droits
Le droit de ne pas devenir mère, justement. Encore moins de façon forcée. Encore moins suite à un viol.
Le droit de ne pas être utilisée comme arme de guerre, via le viol.
Le droit d’utiliser un moyen de contraception.
Le droit d’avorter.
Le droit à l’éducation, même pour les mères-filles.
Le droit de ne pas être la seule à qui on parle de conciliation travail-famille. (Beaucoup plus de mamans en France travaillent à temps partiel. Beaucoup plus de papas se font regarder de travers s’ils doivent aller chercher leur enfant malade à l’école…)
Le droit d’être considérée comme une personne à part entière, même sans être mariée.
Le droit de trouver refuge, avec les enfants, face aux violences conjugales.
J’en passe.
Et pourquoi pas, le droit à un environnement sain, permettant une grossesse moins risquée?
Dans vos coins du monde, mamans, parents, ça se vit comment cette journée du 8 mars, en 2023?
