Clin d’oeil à Sarah pour le titre !
Jamais trop chaud
J’ai beau être québécoise, je suis un être de chaleur. J’haïs le froid. Je suis sensible à l’humidité. En gros, en dessous de 25°C, c’est un peu frisquet pour moi.
On habite maintenant au Kazakhstan dans une zone où il fait de temps en temps -45°C l’hiver. J’ai frette. Avant ça, on résidait à Lima, au Pérou, où il fait 17°C à 98% d’humidité la moitié de l’année. Pour couronner le tout, il y avait des trous dans les murs pour aérer la maison et pas de chauffage. Vous le devinez, j’avais frette.
Encore avant ça, j’habitais au Burkina Faso, dans le Sahel. Le Sahel, c’est la partie presque désertique, mais pas tout à fait, au sud du désert du Sahara. Il y fait chaud, tout le temps.
Évidemment, c’est relatif; quand un matin tu vois les habitants locaux débarquer avec leur manteau d’hiver, tu prends peur! Après tu comprends qu’ils le mettent à partir d’environ 20°C. Ça, même pour moi c’est gérable…
Parfois le mercure descendait jusqu’à un minuscule 12°C la nuit; en cette période hivernale je faisais bouillir un chaudron d’eau sur le poêle pour me doucher, quand même. En effet, quand il fait 29°C en moyenne, la majorité des logements n’ont pas de chauffe-eau!
Bref, globalement la température me plaisait au Burkina Faso. Même quand il faisait tellement chaud (on a eu jusqu’à 52 une fois) que, en motocyclette, j’avais l’impression de me faire souffler dessus par un sèche-cheveu tellement l’air était brûlant.

Fuir la chaleur
J’aimerais bien y retourner.
Le problème, c’est que l’avancée des terroristes (liés à des mouvements djihadistes affiliés à Al-Qaida et à l’organisation Etat islamique) se poursuit dans le Sahel depuis 2015. En outre, les attaques contre tout et n’importe quoi, incluant contre les écoles, se multiplient. Dans toute la région, la stabilité gouvernementale déjà précaire est fortement éprouvée et l’insécurité (pour tous, pas que les étrangers) est grandissante. La semaine dernière, un coup d’État a même eu lieu. La junte militaire qui a pris le pouvoir a plus ou moins justifié ses actes par le raz-le-bol populaire face à l’incapacité du gouvernement en place à freiner les terroristes.
Quel lien avec mon blogue?
» Tu dévies de ton sujet de parentalité », me dit monsieur.
Pas tout à fait… Lorsque nous y habitions de 2015 à 2018, les attaques terroristes ne faisaient que commencer. N’ayant pas d’enfants, nous prenions globalement plus de risques dans nos déplacements et nos fréquentations (je parle de restos, cafés et bars, pas de gens louches!)
Le privilège de fuir
À cette période, mon employeur prenait certaines mesures pour aider à protéger le personnel, étranger mais pas uniquement. Nous avions des restrictions de déplacements, des protocoles de sécurité renforcés, des infrastructures de protection supplémentaires dans les bureaux. Par exemple, ils avaient fait installer un escalier avec des sorties de secours à chaque étage. Toutefois, au début de la crise et suite à l’attaque du café Capuccino qui avait fait une trentaine de morts dont six québécois, certains de mes collègues avaient demandé davantage.
Nous avions un accès à de l’aide psychologique, mais ce n’était pas suffisant; certains souhaitaient, par exemple, pouvoir être rapatriés au Québec au besoin. Je crois me souvenir que les plus inquiets étaient ceux ayant des enfants. Plusieurs me trouvaient un peu nonchalante face à la situation et je leur répondais que moi je n’avais pas de marmaille à protéger…
Maintenant, si. J’en ai. En conséquence, je ne retournerais pas, dans la situation actuelle, travailler au Burkina Faso. Le critère sécurité n’était pas trop un facteur décisionnel, avant. Alors que, maintenant, non seulement il est dans la liste, mais le niveau de risque accepté est relativement bas… Et puis, si je fuis la chaleur, moi, pour protéger ma descendance, personne ne va me dire que je suis une indésirable, à peu près nulle part.
Pays froids
Les canadiens, français et autres ressortissants de pays plutôt sécuritaires actuellement ont cette chance; vivre dans un pays stable (pour le moment). En plus, moi je fais partie des très privilégiés; je peux décider de déménager en prenant en compte le niveau d’insécurité, ainsi que de quitter un pays où ça brasse trop. Ce n’est pas le cas de la majorité des humains de la planète. Les habitants subissant le bordel de ces pays assiégés n’ont pour la plupart pas ce privilège… Leurs enfants, ils les protègent comme ils peuvent. Et vivent dans la peur constante de l’inimaginable. L’inimaginable, c’est par exemple que des groupes armés débarquent dans ton village et tirent sur tout ce qui bouge, comme décrit dans cet article, ici. TOUT. Sans oublier, bien sûr, de brûler, piller et voler ce qu’ils peuvent. Le récit des évènements n’en parle pas, mais il y a sûrement eu aussi quelques viols au passage, tsé, juste parce qu’ils peuvent…
Je ne sais pas ce qu’on peut faire en tant que citoyen étranger pour diminuer la crise dans ces pays. Mais certainement, on peut essayer d’être empathique envers ces familles qui essaient de s’échapper de ce merdier vers un endroit moins dangereux pour eux et leurs enfants … *
* Oui, je parle des migrants. Non, je n’implique aucunement que les réfugiés “acceptables” devraient se limiter aux familles.