Le « meal prep», c’est moins facile quand tu sais pas ce qu’il va y avoir à l’épicerie!
Merci à Mylène, Magali, Simon, Amélie, Myriam et Dana pour leurs contributions!
Organisée, maman éco-économe
Dans ma quête d’être une maman plus organisée, je me suis mise à lire des conseils sur la planification des repas. En effet, le terme « meal prep» est en vogue et on trouve sur internet des recettes, des trucs de congélation, des menus déjà faits et des applications pour aider à mieux s’organiser. Également, par souci environnemental, une bonne planification permet de réduire le gaspillage alimentaire. En plus, moins de gaspillage signifie économies d’argent.
En passant, saviez-vous que dans le monde, les dernières études estiment qu’environ 50% de la nourriture gaspillée globalement l’est à la maison? (lien ici)
Nos mères et nos grands-mères le faisaient déjà; la mienne passait les dimanches à préparer les menus de la semaine. Évidemment elle essayait de faire passer ça pour un jeu pour essayer de nous inclure dans cette activité, la vlimeuse!
Planification 101
C’est pas sorcier. D’abord, tu décides ce que tu veux manger dans la semaine, incluant collations et lunchs bien sûr. En même temps, tu fais ta liste d’épicerie détaillée. Après, tu vas faire les courses et tu essaies fort de t’en tenir à ta liste. Puis, tu prédécoupes, entrepose et congèle ce que tu peux pour faciliter et accélérer la cuisine pour les soirs de semaine. Il y a des choses aussi que tu peux faire à l’avance comme certaines sauces et bouillons.
Il y a même des applications qui permettent de faciliter ces étapes, comme par exemple pour regrouper tes recettes et faire des listes d’épicerie presque automatiques.
C’est franchement pratique pour réussir à offrir un menu un peu plus varié sans (trop) se casser la tête. Et éviter de commencer une recette et te rendre compte au milieu qu’il te manque un ingrédient… En prime, la réponse à la sempiternelle question qu’est-ce qu’on mange? est connue d’avance!
Quand la planif dérape
Oups. Nouvelle compétence requise: créativité et flexibilité pour modifier le plan une fois à l’épicerie. Parce que dans beaucoup d’endroits, tu ne sais pas ce qu’il va y avoir ce jour-là au marché.
Cette capacité à se revirer de bord, pas toujours évident avec un cerveau de maman plein d’hormones et en manque de sommeil!
Bien sûr, on ne trouve pas toujours tout au Québec non plus. Mais là, c’est un autre niveau. T’es pas certaine de trouver du brocoli ou des champignons… c’est possible que le boucher n’est plus de viande hachée. Et puis je suis seulement tombée par hasard trois fois sur des saucisses en six mois!
C’est vrai que je n’ai pas encore fait l’effort de demander quand sont les arrivages dans chaque boutique, mais bon!
Au Burkina Faso, il y a aussi souvent des galères saisonnières ou selon le bon vouloir des fournisseurs. Ma première année là-bas, je pense qu’on ne trouvait pas de beurre pendant quatre mois…

Mylène, qui y vit depuis une vingtaine d’années, confirme: « Ha oui….souvent il manque certains produits au marché; comme une période on ne retrouve plus de tomate par exemple ! Dans les supermarchés aussi c’est souvent la galère… On t’habitue à un produit et ensuite il n’y en a plus pendant un temps ….»
Évidemment ça arrive beaucoup avec les produits importés d’Europe. Ça veut dire:
– ne t’habitues pas trop à avoir du brie, du Nutella ou des Corn Flakes
– sois créative! Y’a pas de beurre de peanuts? Prends de la pâte d’arachide locale 100% naturelle
– Certains items, tu apprends à les acheter quand t’en vois même si t’as pas besoin dans l’immédiat ( genre fécule de maïs et farine de pois chiches)
Stratégies de planification mensuelle, hebdomadaire, quotidienne
Mylène, elle, a sa stratégie à elle: « Au BF je dirais qu’il y a nous (les expats où famille mixte) qui ont une façon de fonctionner et les Burkinabè en général ! De mon côté pour la nourriture je fais mes courses de produits secs une fois par mois, viande environ au deux semaines et légumes à chaque semaine !Je ne fais pas nécessairement un un menu hebdomadaire. Je planifie plutôt la veille ce que l’on va préparer le lendemain ou le matin même !»
Chez Dana, au Kazakhstan, approche similaire. Gros congélateur qu’elle stocke une fois par mois. « J’achète la viande au marché ou je la rapporte du village, 10-15 kg à chaque fois». Et c’est seulement après le petit déjeuner qu’elle décide ce qui sera cuisiné aujourd’hui! Généralement un seul plat pour les deux repas, en privilégiant l’utilisation de ce qui est déjà au frigo ou congélo. « J’achète du pain et du lait chaque jour; les légumes une fois pas semaine.»
Franchement j’aurais voulu une photo pour voir la taille du congélo… et ses trucs pour éviter d’y laisser des trucs pendant 10 ans au fond!
« Pour les Burkinabè en général c’est au jour le jour ! On fait le marché le matin pour la préparation du jour.
Plusieurs famille font un menu hebdomadaire qui se réplique de semaine en semaine, genre lundi du To, mardi riz sauce arachide, mercredi To avec une autre sauce, jeudi riz sauce légumes…une fois de temps en temps des spaghettis ou du riz gras !» Explique Mylène
Moi je fais un mix; j’achète ce qu’il y a de beau et frais au marché, avec en tête idéalement 3-4 plats décidés d’avance pour la semaine en mode meal prep. La veille ou deux jours avant je regarde ce qui doit être mangé dans le frigo. Mais je ne sais pas si j’y arriverais si je travaillais à plein temps; la préparation à l’avance me semble vraiment encore plus utile dans ce cas. Parfois je prépare les légumes du lendemain le soir pendant le souper ou quand les enfants dorment.
Quand on a de l’aide
Plus facile l’organisation des repas quand t’as une aide domestique qui peut faire les courses et/ou cuisiner. Magali raconte « Je faisais quand même mes menus à l’avance et je disais quoi acheter ou alors je faisais les courses et je disais quoi cuisiner à ma cuisinière. Elle avait déjà une bonne palette de recettes européennes et je lui ai appris quelques trucs asiatiques / curry pour diversifier le tout.» Les aides domestiques sont plus fréquentes dans certains pays qu’au Québec ou en France. Pour les locaux aussi, pas seulement les expatriés. Selon leur situation, ces premiers auront une aide engagée ou bien une tante, cousine, grand-mère qui s’occupe des repas. Ça facilite certains aspects de la vie, vivre en famille élargie!
Mylène note toutefois, surtout quand il s’agit de préparer la bouffe de bébé: « Comme Magali, le fait d’avoir quelqu’un à la maison qui prépare ça facilite la vie ! Malgré que… pas toujours évident que la personne ait les gestes d’hygiène que l’on souhaite !!! Ça c’est une autre gestion…un autre débat ! 😅»
Sur la diversité des plats
Moi j’ai gâté pourri mon plus vieux à trop vouloir qu’il mange diversifié. Oublie ça, même bébé, de lui donner un truc décongelé. Il le picore avec dédain. Et essaie pas de lui passer trois fois la même chose en 10 jours… il me dit « maman je veux autre chose». ( le sujet d’être ou ne pas être restaurant-maman sera peut-être pour un autre jour)
Simon, lui, son plus vieux est difficile. Il explique « Le weekend on est quand même un peu organisé. On prévoit le vendredi ce qu’on va préparer jusqu’au lundi. Par contre on n’est pas très local : mon plus vieux est capricieux et il n’aime pas trop le riz, le to, l’igname, l’attieke, etc… On est plus dans le steak, la lasagne, le rôti de porc …»
Est-ce qu’on est trop obsédés avec l’idée de faire plein de plats variés? Au Burkina Faso, Magali raconte que chez sa belle-mère, c’est riz haricots tous les jours. « Il peut y avoir variation de 2-3 sauces dans la semaine. Tout est préparé en quantité tôt le matin et tient toute la journée pour toute la famille. Midi et soir même repas. S’il y a eu une petite rentrée d’argent on va chercher 5 bouts de viande ou du poisson séché pour agrémenter la sauce.»
Bien sûr, il faut s’assurer que tous les besoins nutritifs sont remplis. Mais faut avouer que c’est beaucoup plus facile à planifier comme ça!
Plats préparés pour dépanner
Comme partout, il y a aussi toujours des plats préparés disponibles quelque part! Si ce n’est pas en pour emporter au resto ou dans une vitrine du supermarché, ça sera dans le bouiboui du coin. « En général la viande je l’achetait déjà préparée à côté de la maison comme brochette, porc au four, poulet grillé et je cuisinais des légumes ou salade à côté» raconte Magali. Chez Simon aussi, « on va souvent se chercher a manger au kiosque d’à côté où on fait des spaghetti !!!»
Hooo comme je m’ennuie des ces petits kiosques trop pratiques!


Autres considérations
Quand on n’a pas de frigo… ou beaucoup de coupures de courant et pas de génératrice ou de panneaux solaires, on n’accumule pas la nourriture de toute façon. « Avec les pannes de courant et comme on avait pas de générateurs je gardais rien de cuisiné plus de 48h» dit Magali.
Les horaires ne sont pas toujours aussi rigides qu’au Québec. Simon, qui a dit planifier davantage les repas la fin de semaine, a abandonné après le dimanche : « La semaine par contre je dirais que toute planification est vouée à l’échec. C’est difficile avec les horaires imprévisibles de chacun. »
Puis, il ajoute, « on laisse de la nourriture au frigo… et il y a des gens dans la maison qui finisse ça entre les repas!» En effet, entre les aides domestiques, famille et amis de passage, tu ne peux pas te fier qu’il va y en avoir pour le repas du lendemain!
Manger bio et local
Le fait de ne pas savoir ce qu’il y aura dans notre panier d’épicerie est souvent une des difficultés citées par les familles hésitant à s’abonner à un panier bio local. Pourtant, il est clair que c’est possible de s’y adapter! Même en dehors des paniers, les arrivages des produits locaux sont souvent plus aléatoires; ça ne devrait pas être une raison pour les épiceries de les refuser. Allez, on planifie nos repas locaux !

Je cuisinais le dimanche et à tour de rôle vous aviez le privilège de choisir le repas du jour! Vous aviez l’impression d’avoir du pouvoir mais c’était toujours un choix parmi ce que j’avais préparé!