Prêts, pas prêts, on fait des bébés! Qui ne s’est pas demandé, avant de devenir parents, si c’était le bon moment ou pas pour en voir?
C’est quoi un bon moment?
Evidemment c’est très personnel, variable et subjectif… et la question de la carrière pour une femme et des choix à faire pour trouver un équilibre travail-famille pour ne pas devenir folle, ne pas se sentir coupable, ne pas sentir son cerveau devenir gaga est prédominante.
Dernièrement, et sans prétention de donner un conseil (non sollicité), je disais justement à une amie qui est ambivalente à avoir des enfants ( sa douce moitié aussi) que, selon mon humble analyse, c’est jamais vraiment le bon moment pour avoir des enfants. Et en même temps c’est toujours le bon moment, dans le sens où la plupart des parents et enfants vont plutôt bien s’en sortir peu importe leur situation !
Bon moment pour une grossesse
Amélie a déjà raconté sa première grossesse, avec un suivi hybride très particulier, ici. J’ai mentionné ce qui s’est passé quand je suis tombée enceinte au Burkina, ici. Dans les deux cas, plusieurs nous ont trouvé bien braves…
Puis, est survenue ma seconde grossesse. Et là, c’était vraiment pas le moment! Quoique….
Préambule
Janvier 2020, mon chéri accepte un nouveau poste. on quittera le Pérou pour une nouvelle aventure au Kazakhstan début avril !
Mars 2020, la pandémie de Covid frappe alors que nous sommes dans les boîtes pour un déménagement international (avec un bambin de 1 an et demi).
On devait aussi aller enfin visiter le Machu Pichu le 31 mars, mais le pays a fermé au complet le 16… non, on n’aura pas réussi à y aller malgré qu’on ait vécu au Pérou 2 ans et 4 mois.
Ça dure
Comme beaucoup de gens, on ne pense pas que ça va durer… puis les touristes étrangers commencent à partir. Puis les ambassades émettent des avis. Puis, les vols s’arrêtent. On est un peu coincé! Entretemps, on réalise que faire envoyer nos affaires de Lima à Ust-Kamenogorsk, ça implique des règles douanières complexes et exigeantes.
On ne prend pas les premiers vols de rapatriement canadiens ou français.
1- ils ne sont annoncés que quelques jours à l’avance, c’est trop peu pour qu’on gère notre vie ici
2- avec un ressortissant français et l’autre canadien, ce n’est pas clair si on pourra entrer tous les deux dans un pays ou dans l’autre; on préfère ne pas risquer de séparer la famille!
On se décoince un peu
On réussi à faire rallonger notre bail; mais à un moment les gens à qui on a vendu nos meubles en théorie veulent les avoir en pratique, et le proprio veut récupérer son appart! Donc on envoie le tout dans un locker (opération risquée et complexe sous lockdown complet en théorie) et on loue un AirBnB.

Et on bouge
Éventuellement les vols de rapatriement se raréfient. On surveille les options avec d’autres ambassades. Puis, ils s’arrêtent. On est toujours au Pérou.
Finalement, un groupe de canadiens avec des contacts en tourisme va réussir à noliser un vol privé que le gouvernement péruvien accepte de laisser voler.
Je suis sur le groupe whatsapp d’info et discussion sur le vol et on décide d’acheter les billets. 19 juin, on part pour Mtl. On avait vérifié auprès des services des douanes que Monsieur le franchouillard allait pouvoir entrer au Canada; on nous avait dit « ça devrait, oui, mais la décision reste entre les mains des agents à la frontière…» On croise les doigts!
Parenthèse de parent
J’avais profité du confinement pour mettre propre mon petit de 19 mois. Quoi, pas de de raison de sortir de la maison ça simplifie le processus! C’est jeune mais possible. En plus, j’avais pratiqué un peu l’hygiène naturelle infantile à partir de 4-5 mois je pense.
Donc, je lui enlève les couches jour et nuit. Ça a pris un mois avant qu’il arrête de faire caca par terre, j’allais certainement pas lui mettre une couche pour le voyage et risquer de tout perdre ces acquis !! Sauf que c’était un beau défi ! On a pris le taxi à 4h-5h du matin; attendu le bus dehors jusqu’à environ 8h; attendu DANS le bus je ne sais plus combien de temps ( avec toilettes dedans, ouf!) ; puis sous des bâches dans l’aéroport militaire ( toilettes aussi); puis encore un bus (sans toilettes il me semble), la file interminable sur le tarmac, et enfin le vol d’environ 8h.

Mon meilleur coup? Avoir appris à mon mini à faire pipi dans une bouteille ( possible pour les filles avec pot à large ouverture mais moins discret). Le meilleur coup du papa? Avoir réussi à faire faire caca (discrètement) à peu près debout sur le siège du bus dans une couche mais sans la lui mettre (il voulait pas de toute façon) et sans dégât.
Départ
On est donc arrivés à Mtl le 19 juin, nos affaires (toute la maison en gros) dans un locker à Lima, sous confinement à peu près mondial et avec seulement un visa de touriste pour monsieur. Pas grave qu’on se dit, c’est juste en attendant d’avoir les visas pour le Kazakhstan… qui ne viendront pas tout de suite, mais ça on ne le sait pas encore!
Pourquoi faire simple
La meilleure option quand tout est compliqué ? En rajouter une couche! Donc je tombe enceinte au Québec. Pourquoi pas, dans le fond? Je ne travaille pas, le grand a 2 ans, je ne vais probablement pas trouver de travail rapidement au Kazakhstan.
Quoi, c’est pas parce qu’on est SPF (sans pays fixe), sans visa, entre deux contrats et en pleine pandémie qui ne finira semble-t-il jamais que c’est pas le bon moment!
Un suivi multinational
Première gynéco? Je suis retournée voir celle au privée au Québec que j’avais vue à ma première grossesse. Elle l’a trouvé drôle mais était assez éberluée par les récits de ma vie de maman expat.
Puis, le séjour à Montréal qui s’éternise, je m’inscris, sans RAMQ, dans une clinique familiale avec une médecin de famille qui fait des suivis de grossesse. Je la verrai deux fois je pense. Si j’accouche au Québec, ça sera dans un hôpital à Montréal. Encore une fois, merci aux groupes Facebook qui m’ont fourni des noms de médecins ! J’essaie aussi plusieurs maisons de naissance, mais les listes d’attente sont longues, la plupart ne m’acceptent pas sans RAMQ et puisque je ne suis pas certaine de rester au pays pour tout le suivi, je ne suis pas prioritaire.
Ça tarde
Les visas n’arrivent toujours pas et le droit de séjour au Canada de monsieur s’achève.
Solution? On part en France! Ça nous donne un autre 3 mois de répit, durée de mon droit de séjour à moi ! Là, je saute un mois de suivi de grossesse, le temps de trouver quelqu’un et de passer Noël. Je décide de ne pas faire la seconde échographie (inimaginable pour tous les médecins) et finalement je trouve une sage-femme. Je la verrai une fois seulement avant qu’on quitte finalement pour le Kazakhstan à la mi-février.
Arrivée en Asie centrale
Alors enceinte de plus de 5 mois, la priorité est de trouver une bonne maternité. Pas facile de trouver l’info avec mon russe pratiquement inexistant (et je ne mentionne même pas le kazakh!)
Grâce à des heures de recherche et l’aide de collègues de monsieur, on découvre qu’il n’y a qu’un seul endroit pour accoucher dans la ville (de près d’un demi-million d’habitants pourtant !!)

Mon suivi et l’extraordinaire gentillesse et bienveillance dont elles (les médecins) ont fait preuve seront peut-être l’objet d’un autre article… Pour le moment, disons juste que j’ai eu un beau garçon en bonne santé, né apatride car il n’existe pas de droit du sol au Kazakhstan (la paperasse… un autre sujet encore!) Il se sera fait examiner, comme foetus, dans trois pays, sur trois continents et par une trâlée de monde!
Est-ce que c’était un mauvais moment pour tomber enceinte? Bah… Je ne suis pas à plaindre du tout. Dans les moments de doute et de panique, je me rappelais qu’en ce moment même des femmes tombent enceinte dans des pays en guerre, en famine et dans des camps de réfugiés….
Pour en savoir plus sur la conditions de ces femmes dans le monde, visitez les liens de MSF : Parce que je suis une femme, ici, pour apprendre pourquoi « Les femmes et les filles poussées à l’exil font face à des risques de santé et plus de danger encore en cours de route, simplement parce que ce sont des femmes » et l’histoire du mois sur Fatima, Latifa et la guerre au Yémen , ici.
Très intéressant comme parcours et toujours plaisant à lire.
Que de souvenirs et de frissons!