*Les Calinours sont ces adorables petits oursons en dessin animés pour enfants où tout il est beau, tout il est gentil. Connus sous le nom de Bisounours en France.
Tout paraît beau
Quand on écrit sur un blogue, tout comme sur son profil de média social préféré d’ailleurs, on fait souvent miroiter le plus beau côté des choses. Inconsciemment ou pas, on donne souvent une impression de monde parfait quand on raconte nos histoires. Je ne suis pas la première à le souligner; cette fenêtre partielle sur la réalité distortionne les faits et biaise le jugement des autres, les lecteurs, sur une situation donnée.
Par exemple, dans cet article sur la vie ho! combien paisible et sécuritaire dans mon coin du Kazakhstan, j’ai réalisé après coup que je brossais un portrait complètement partial et incomplet. Déjà, parce que j’y habite depuis relativement peu, douze petits mois. Ensuite, parce que je suis étrangère et n’évalue pas toujours le monde avec les mêmes yeux que les locaux, n’ayant pas autant de données (culturelles et expérientielles)… et enfin, parce que je ne vis pas nécessairement dans les mêmes conditions que la moyenne des habitants.
Il y a 24h dans une journée
Une des conditions particulières à mon cas est que je vis à peu près exclusivement de jour. Ici, dans la majorité des familles, les enfants vont au lit très tard, en même temps que les parents. Des tout-petits peuvent ainsi se coucher vers minuit! Ils font une longue sieste l’après-midi pour compenser. Je me demande quand même quelle face ont les enfants le matin à l’école…
Les miens, c’est généralement dodo à 20h au plus tard, comme beaucoup de familles nord-américaines. Et comme je suis une maman colleuse, allaitante et qui ne trouve pas le temps de tirer son lait, et bien je reste à la maison le soir. Je me suis rarement retrouvée dehors après 20h depuis la naissance du premier petit loup. Je ne sors juste pas. Donc, je peux difficilement raconter ce qui se passe dans cette dizaine d’autres heures où je ne suis pas dans la rue. Choix personnel, pour ceux qui se demandent; non, ça ne me pèse pas vraiment pour le moment, ce manque de vie sociale nocturne.
Toute cette longue introduction pour en venir au fait que ce biais dans mon récit m’a frappé l’autre jour lors d’une promenade.
La promenade
Samedi après-midi, fin mars, il fait -6°C, on emmitoufle les gamins, on prend le traîneau et le porte-bébé et on part pour une petite balade familiale. Question d’avoir un but à notre périple, on décide de se rendre à notre boutique favorite pour acheter du vin buvable.
Et c’est là que j’ai réalisé que tout ce que j’ai raconté de façon si positive et optimiste dans la section sur la sécurité, ce n’est valable que le JOUR ! Je n’en ai évidemment pas l’expérience personnelle… mais, la nuit, c’est paraît-il une toute autre histoire dans certains coins!
Nous habitons quand même dans un pays où les gens aiment bien boire de la vodka. Il faut voir le rayon d’alcool fort à l’épicerie!! Donc, le soir, mais aussi les fins de semaine dans certains endroits, on croise des personnes qui ont un peu trop abusé de cet élixir.
Je me suis rappelée qu’on m’avait dit ça d’un coup en arrivant à la boutique. L’été, c’est vrai aussi qu’on avait croisé plusieurs hommes pas mal amochés lors de nos balades dominicales matinales le long de la promenade longeant la rivière.
Ce jour-là, bébé s’était endormi bien blottit la tête dans mon cou. Petit loup entre dans la boutique avec son papa et on laisse le traîneau à côté de la porte. Aucun risque de se le faire voler, pas de stress, je me retourne pour aller faire les cent pas sur le joli trottoir enneigé et bordé d’arbres, question de garder bébé bien endormi.
Sortis du sol
Juste comme je commence à marcher, la trappe de ce qui semble être une grosse entrée d’égouts s’ouvre. En sort un homme, suivi d’un autre, vêtus de longs manteaux de cuir brossé qui ont vu de meilleurs jours. L’odeur ne laisse pas beaucoup de doute sur la présence ni des égouts, ni des bouteilles!
Les deux s’assoient tranquillement sur le bord de la trappe, à côté de la boutique d’alcool. Ils s’allument une cigarette, puis sortent une bouteille.

Je ne sais pas si ces deux-là étaient des sans-abri, mais j’imagine que cet endroit est pas si mal pour se réchauffer par les grands froids d’hiver!
Ils ne nous ont causé absolument aucun souci.
Toutefois, cette apparition plutôt saugrenue m’a rappelé qu’il y a de l’insécurité partout. Ici, le pire est probablement la nuit à cause de la boisson. Les risques sont, semble-t-il, la violence (batailles) autour des établissements où on trouve de l’alcool, ainsi que les accidents de la route. Une jeune femme kazakh de mon entourage m’a avoué hier qu’elle ne se sentait plus en sécurité dès la tombée du jour… à cause des gens en boisson surtout!
Don’t drink and drive, je ne sais pas comment ça se dit en kazakh ou en russe! Avec la famille, c’est mieux d’éviter de conduire tard le soir, incluant sur les petites routes menant de la ville vers les villages en périphérie.
Pas trop de risques pour nous, on ne sort pas après 20h !
