En général au Québec et en France, les pédiatres vont vous dire de ne pas partager le lit avec bébé. Certains parents ont la chance d’avoir un.e professionnel.le de la santé qui leur a au moins dit « Mais si jamais vous le faites … » suivi de certaines recommandations. J’allais écrire un article sur ces recommandations, mais ça ira à plus tard.
Les recommandations officielles…
En effet, mon dernier article sur les risques du cododo vs le lit tout seul (cliquez sur le texte souligné pour suivre le lien. Dans l’ensemble de l’article) a suscité de vives réactions ! Entre autres, une amie infirmière m’a rappelé qu’elle (et les pédiatres) doit suivre les recommandations de la société canadienne de pédiatrie (SCP). Ha! Ben oui. Normal.
Évidemment, ces recommandations sont totalement contre la pratique, précisant que ça augmente les risques de mort subite du nourrisson. Affirmation qui est maintenant réfutée par l’UNICEF au vu des dernière données, en autant que la mère allaite. La SCP devrait peut-être se mettre à jour, non ? A go on fait du plaidoyer?
En plus, pour être honnête, ça me fait tiquer de lire sur un énoncé officiel de la santé publique canadienne : « Le partage du lit est une pratique de sommeil où un nourrisson partage, avec une adulte ou un autre enfant, une surface de sommeil telle qu’un lit d’adulte, un canapé ou un fauteuil rembourré.» Eille. As-tu relu ta phrase? Partage du LIT. Point barre.
Bref.
… sont teintées des valeurs prônées dans notre société !
Ce que je voulais partager en fait est que ces recommandations médicales sont elles aussi teintées de notre culture, nos valeurs… et des vieilles recommandations d’hommes blancs du dernier siècle. Je suis tombée sur l’article « Le mythe du sommeil solitaire: une vision occidentale du sommeil des bébés » de la canado-japonaise Mitsiko Miller.
Elle débute par un rappel de l’évolution rapide au dernier siècle du rythme de vie des familles avec entre autres l’entrée des mamans sur le marché du travail. Puis elle pose la question bien pertinente « Comment expliquer que ce n’est qu’en occident que dormir seul, dès un très jeune âge, a pris une importance capitale, alors que dans la plupart du globe, il est impensable de laisser un petit enfant seul, la nuit? »
Une réponse partielle semble se trouver dans l’influence qu’a eu un certain médecin nommé John. B. Watson qui affirmait que les enfants devaient être entraînés à devenir autonomes pour ne pas prendre de mauvais plis.
Il allait apparemment jusqu’à recommander de ne pas manifester de chaleur et d’amour aux enfants pour éviter qu’ils deviennent mésadaptés et inaptes à fonctionner en société… « De là est venue l’idée d’éviter de gâter les enfants, de peur qu’ils prennent de mauvaises habitudes.» Hum… combien de fois votre belle-mère (pas la mienne) vous a dit « Prends le pas tout de suite, laisse-le pleurer un peu, tu vas le gâter! Après il va devenir un vrai petit monstre ! Faut qu’il apprenne à s’endormir tout seul comme un grand! » Un grand de 68cm, come on !!

Lisez la suite de l’article de Mitsiko pour avoir son analyse plus approfondie sur d’autres aspects culturels qui influencent l’éducation des enfants, comme notre mode de vie individualiste vs l’interdépendance prônée (de façon implicite) par d’autres sociétés.
D’autres médecins, psychologues et psychiatres ont eu une grande influence sur les recommandations actuelles de la médecine dite moderne liées au sommeil des enfants. On pense ainsi au Dr Richard Ferber qui a amené le fameux 5-10-15 pour endormir bébé (en passant, il est un peu intense, mais un des articles les plus poignants qui pointe du doigt cette pratique se trouve ici).
Je pense que Freud a dû avoir une grosse inflience aussi, mais je ne suis pas psychologue et je ne me souviens pas très bien de ses théories…
Ailleurs, on recommande quoi?
Pour revenir aux valeurs et à la culture, des scientifiques s’y penchent aussi et un article de la BBC souligne les différences dans le monde quand il s’agit de sommeil dans un article intitulé « is the western way of raising kids weird? ». Y sont cités plusieurs médecins et chercheurs qui « aimeraient que le partage des lits soit encouragé, mais « avec une mise en garde : les personnes qui partagent leur lit ne devraient pas fumer, ne devraient pas prendre d’alcool, ne devraient pas être très obèses» » .
Autre point marquant de l’article de la BBC : les pays à faible revenu, où le partage du lit est traditionnel, ont également l’un des taux de SMSN (syndrome de mort subite du nourrisson) les plus bas du monde. Cela s’expliquerait par un ensemble de facteurs culturels. Par exemple, « Les mères d’origine pakistanaise de Bradford (Angleterre) ont un taux d’allaitement plus élevé et sont moins susceptibles de fumer, de boire et d’endormir leur bébé dans une chambre séparée – autant de facteurs connus pour réduire le risque de SMSN.»
à venir
En attendant, dites-nous, avez-vous reçu des recommandations officielles / médicales sur le sommeil de votre bébé dans un pays non occidental ? Commentez en bas de l’article !